OREE

La forêt des Landes est une forêt alignée, dessinée par l’humain selon une géométrie stricte.

En appliquant cette même rigueur à un fragment de forêt brûlée, la matière organique se réorganise d’elle-même et se re-crée à l'infini. Ce processus de duplication permet de déplier le réel : à partir d'un détail prélevé au sol, le miroir révèle les formes et les structures qui restaient invisibles dans la matière brute.

Ici, l'image devient un objet mural qui attire par sa régularité comme par sa singularité. Dans une église ou un temple, le vitrail utilise la géométrie et la lumière pour donner à voir l'invisible. En Orient, le tapis organise le motif pour figurer un jardin ou un univers.

Ici, la géométrie donne à voir des portes. Au centre du cadre, là où les miroirs se croisent, la matière s'ouvre : ces passages deviennent le seuil entre la mémoire de la cendre et le renouveau de la forêt.

Notre rapport à la nature est marqué par cette volonté constante de la façonner, de la découper et de la restructurer. Ce projet propose une déconstruction du paysage forestier : par le jeu des symétries, l'image prolonge cette tentative humaine de mettre en ordre le vivant.

Le choix du noir et blanc permet de faire disparaître la couleur au profit de la structure. La photographie s'éloigne de la simple représentation documentaire du végétal pour faire émerger un langage abstrait.

Pourtant, au sein de ce motif contraint, le regard glisse et perçoit d'autres présences. La rencontre des lignes fait affleurer des figures organiques inattendues — silhouettes d'insectes, formes totémiques ou structures vivantes découpées par le cadre. Par endroits, le centre s'évide pour laisser place à des ouvertures, des portes.

Le titre évoque ce point de passage, cette marge étroite où le regard quitte le cadre rigide pour pénétrer à l'intérieur du vivant.

L’orée désigne la lisière, cette frontière indécise où la forêt commence et où le paysage bascule. Ici, l'orée n'est plus seulement géographique : elle devient le seuil entre la tentative humaine de tout ordonner et la résurgence sauvage de la nature.

Ce travail interroge notre manière de regarder le vivant, laissant deviner comment la nature, même enserrée dans un cadre strict, continue d'inventer ses propres formes et de faire valoir sa force de régénération.