LA ROUTE EN INDE

Il y a quelque chose avec la route en Inde.

Ce n’est pas que le “dawa”, ce n’est pas que l’anarchie, il y a quelque chose. Peut-être que cela vient du Karma, des déités qui te protègent et du fait que tu sais que ton moment n’est pas encore venu. Mais à force de les observer et de fermer les yeux pour ne pas voir ça (eux aussi ferment les yeux sur leurs motos mais je pense que c’est pour une tout autre raison), force est de constater que ce bordel fonctionne plutôt bien. En 17 jours sur place, je n’ai vu qu’un seul accident majeur et qu’un seul cadavre d’animal. Et il y en a des animaux sur la route. Déjà une vache sacrée peut débouler à tout moment même sur l’autoroute. Elles font bien ce qu’elles veulent. Les chiens sont là par millier. Les chèvres, les singes, les antilopes… La route c’est toujours un peu la métaphore de la vie. Aucune règle n’est respectée mise à part celle du Dharma, chacun fait sa loi mais dans le respect de la communauté et de l’ordre des choses. Aide-toi et le ciel t’aidera. Impose-toi mais regarde ton voisin. Sois toujours sur le qui-vive, tout peut survenir à tout moment. Dépêche-toi, un imprévu est vite arrivé. Là-bas le klaxon n’est pas vraiment agressif ou annonciateur d’un danger, c’est un moyen de communication. Car en Inde on se regarde sans arrêt, on cohabite, on coopère : tout peut dégénérer à tout moment. Tuk-tuk, voitures, scooters, tracteurs, motos, vélos, camions, charrettes, piétons, animaux, tout cohabite au même endroit au même moment. On est à 5 côte-à-côte sur une 2 voies : pas de problème, on coopère, on communique, ça passe. Tout y est : la tradition, la religion qui outrepassent la loi (d’ailleurs les Sikhs qui ne se coupent jamais les cheveux dans leur grand turban bénéficient d’une dérogation pour le port du casque) ; les femmes qui tentent de s’émanciper (les vieilles restent à l’arrière en amazones, les jeunes chevauchent et conduisent les scooters) ; la loi de la jungle ; la violence ; la solidarité ; l’inconscience ; la conscience. Tout est là. On se contrefout des règles. Peut-être parce que quelque chose de plus élevé nous anime, nous guide. Ici, on vit sans cesse au-dessus. Au-delà du visible.