BETTHARAM

Ce projet est né d’une rencontre avec un lieu en suspens : l’ancien lycée de l’Institut Notre-Dame de Bétharram, à Lestelle-Bétharram. Devant les façades imposantes, une inscription sur un poste de gaz : « Ecole Notre Dame 1886 C » ancre immédiatement le bâtiment dans une temporalité longue, celle d’une institution religieuse et éducative centenaire.

Derrière ces murs, l'activité a laissé place à une étrange inertie. En explorant les salles, mon regard s’est arrêté sur les traces d’une vie scolaire encore proche : des étiquettes de classes placardées sur des vitres brisées. Ce bâtiment, qui fut autrefois un pensionnat et une école primaire avant d'être restructuré en lycée moderne, a cessé toute activité en août 2024, entraînant la fermeture définitive du site.

Cette fermeture intervient alors que l’institution est ébranlée par le dépôt de centaines de plaintes pour maltraitances physiques et agressions sexuelles, couvrant plusieurs décennies.

Dans la salle de sciences, l'estrade où siégeait l'autorité laisse place à une demande de justice, une parole longtemps contenue qui s'impose désormais au regard. Des cibles d'entraînement se répètent au fil des pièces, comme pour révéler l'espace saturé d'une violence sourde. Des silhouettes vaporeuses tracées sur les parois, des inscriptions "free" ou "wild", et ces brèches nettes pratiquées dans la structure suggèrent une volonté de s’extraire des murs.

Ma démarche ne cherche pas à reconstituer les faits, mais à capter ce qu’il reste lorsque la parole se libère et que l'institution s'écroule. J’ai réalisé ces images tant que le lieu était encore là, tant que le décor faisait encore mémoire.