LE PORGE






En juillet 2026, la forêt a brûlé entre Saumos et Le Porge. 240 maisons ont été incendiées dont 183 sur la commune du Porge et un millier d'hectares sont partis en fumée au cœur d'un massif où la forêt domaniale représente moins de 10 % de la surface. Des milliers d'habitants ont été évacués dans l'urgence.
C'est mon amie Elisabeth, qui vit ici, au Porge, qui m'a tenue informée pendant les évènements. Ses récits ont guidé mes pas. Je voulais poser un regard documentaire sur la forêt et la façon dont on la traite aujourd'hui, et comprendre ce qu'il reste du paysage après les incendies. Je voulais rencontrer celles et ceux dont la vie avait basculé.
Une fois sur place, je me suis inscrite comme bénévole au centre d'accueil. Là-bas, la réalité m'a attrapée par la manche. J'ai senti que ce n'était pas le moment de tourner mon objectif vers les personnes sinistrées. J'ai préféré poser le boîtier et porter des cartons.
Alors mon regard a glissé.
Je me suis tournée vers les coulisses et vers celles et ceux qui s'y activaient : les bénévoles. Des habitants du Porge dont la maison est restée debout mais dont le paysage intime a basculé, des gens venus d'à côté ou de plus loin, simplement parce qu'il le fallait. Être là pour verser un café, donner un coup de main, écouter.
Mon projet est borné par ce glissement. Il raconte la lisière. La façon dont une communauté se serre dans la salle des fêtes, la poésie simple des gestes de solidarité, la mémoire immédiate du feu racontée autour d'une table. C'est une traversée du quotidien de ces personnes prises dans un événement extraordinaire, une manière d'interroger notre lien à la nature, notre fragilité commune et ce qui nous fait encore tenir debout ensemble.
Mon envie d'aujourd'hui est de documenter et de comprendre en faisant des portraits de personnes et de forêts avec des textes courts car pour le moment tout le monde est encore pris de court.
En donnant la parole aux gens, je me rends aussi compte que rien n'est linéaire, rien n'est si simple. Mon travail n'est pas de trancher ni de révéler une vérité unique, mais de gratter sous la surface pour laisser émerger des questionnements.
Ce projet n'en est qu'à ses débuts. Il a vocation à mûrir au fil des mois, au rythme des rencontres, des témoignages et des saisons. À travers ces récits de vie et ces visages, c'est le rapport à la terre, à la gestion du massif et à l'écologie qui reste le fil conducteur de ma recherche.